
Nicolas Sarkozy, notre ch€r président, est revenu sur son "Casse-toi pauvre con", dans un article du Parisien daté d'aujourd'hui.
On pourra remarquer qu'il ne s'excuse pas, tout d'abord. Et que si l'insulte avait été pour lui, elle aurait été considérée comme outrage à magistrat (cf. la récente affaire qui est passée en justice, pour laquelle l'insultant a été condamné).
Mais ce n'est pas le propos de cet article. Ce qui me préoccupe est, j'ai l'impression, plus grave que toutes ces pirouettes et vautrages au sommet de l'État. Il s'agit de la réponse à une question de Nicolas Teindas, lors de ce même interview.
L'extrait qui concerne morale et religion (pour l'article in extenso) :
NICOLAS TEINDAS.
En Arabie saoudite, vous avez dit « Dieu est dans le coeur
de chaque homme ». Est-ce votre opinion
personnelle où vous exprimiez-vous en tant que chef d'Etat
?
En Arabie saoudite se joue une
partie absolument essentielle. C'est le pays gardien des
lieux saints, la Mecque, et l'Arabie
saoudite doit tenir face aux extrémistes. Le roi Abdallah
d'Arabie saoudite, quelques semaines
avant mon voyage, est allé voir le pape, ce qui est un
geste extraordinaire pour le gardien
des lieux saints de l'Islam. Il lui a dit: « Ce que nous
avons en commun, les religions, est
beaucoup plus important que ce qui nous divise ». C'est un
geste considérable ! J'ai donc fait
un discours sur les religions en disant qu'il était
scandaleux de tuer, d'exclure au nom des
religions. J'ai dit qu'il n'y a pas un mot de la Torah,
pas un mot de la Bible, pas un mot du
Coran qui prône la violence, la haine et l'extrémisme. Et
que tout devait être fait pour éviter
la guerre des religions entre l'Islam et l'Occident. VoilÃ
pourquoi j'ai parlé des religions.
Pour le croyant, Dieu est en chaque homme. C'est une
phrase que j'ai reprise d'une homélie de
Jean-Paul II quand il est venu parler aux JMJ Ã Longchamp.
Je ne dis pas que la religion est
la réponse à tous nos problèmes. Mais je constate que
quand on a abandonné la morale religieuse,
on a abandonné également la morale laïque, et on n'a plus
du tout fait de morale. Je respecte
ceux qui ne croient pas. Moi-même je ne suis pas
pratiquant. Mais Malraux a dit « Le XXI
e
siècle sera religieux ou ne sera pas ». Le grand problème
du monde, c'est d'éviter que les extrémistes
fassent basculer le monde dans une guerre des religions.
Je crois profondément à la laïcité,
mais je ne pense pas que la laïcité doive être une laïcité
de combat. La laïcité, c'est reconnaître
un droit, le droit de croire ou de ne pas croire. La
politique, ça sert à organiser la vie entre
la naissance et la mort. Mais ce n'est pas la politique
qui répond à la question « Pourquoi
la naissance et quoi après la mort ? » C'est ce qu'on
appelle la quête de sens. Je ne dis pas
qu'il n'y a que le spirituel qui peut y répondre, mais
pour beaucoup ça compte. Chaque fois
qu'on va à l'enterrement d'un membre de sa famille ou d'un
ami, on se dit : la seule chose dont
on est sûr, c'est que ça nous arrivera. Je ne suis pas le
seul à y réfléchir.
La première phrase qui m'a choquée était reprise dans l'
article du Figaro : d'où l'investigation. Et c'est : "Mais je constate que
quand on a abandonné la morale religieuse,
on a abandonné également la morale laïque, et on n'a plus
du tout fait de morale."
Peut-être N.S. oublie-t-il l'Humanisme, en vogue en France depuis cinq siècles au moins ? On peut bien évidemment - que les athées (dont je suis) se rassurent, on peut concevoir le bien et le mal, et ce sans religion. Bien heureusement.
Après, je ne suis pas contre la proposition qui trotte dans la tête de l'homme qui valait 3 Milliards : les religions sont fondatrices des civilisations - l'homme du commun a besoin d'un sens.
Mais c'est là où la deuxième erreur de Sarkozy apparaît : "Mais Malraux a dit « Le XXIe
siècle sera religieux ou ne sera pas »." Eh non, Monsieur le Président, Malraux a (aurait) dit "le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas." Et ça fait une grosse différence ! Le spirituel n'est pas forcé de s'entourer de rites ou d'un culte. Le spirituel peut être insufflé par l'autorité de la cité, l'autorité politique, car c'est le vivre-ensemble, l'esprit de communauté (d'intérêts, de valeurs, de culture...), qui est installé par cette autorité.
Mais là on revient à un autre problème : comment un individualiste forcené peut-il comprendre la spiritualité autrement qu'un instrument, au service de l'élevage des peuples ? Parce que vous avez cru qu'il croit en Dieu ?
Au fait, on devrait toujours se renseigner avant de parler. Voici ce que je trouve sur Wikipedia, article André Malraux :
Lors d'une interview à Pierre Desgraupes (Le Point, 10 novembre 1975), Malraux lui-même déclara ne jamais l'avoir prononcée :
« Vous savez. On m'a fait dire : "Le XXI e siècle sera religieux". Je n'ai jamais dit cela, bien entendu, car je n'en sais rien. Ce que je dis est plus incertain : je n'exclus pas la possibilité d'un événement spirituel à l'échelle planétaire. »